GFC Forêt Douce : l’histoire de citoyens devenus acteurs de la forêt en Sud- Charente

Découvrez L'aventure de Jean-Christophe et de ce groupement Forestier Citoyen !

Dans le Sud-Charente, certains paysages ont changé à grande vitesse ces dernières décennies. Là où dominaient autrefois les feuillus, les coupes rases et les plantations de résineux ont progressivement remodelé une partie du territoire, suscitant l'inquiétude de nombreux habitants. Face à cette évolution, quelques citoyens ont refusé de rester spectateurs. Leur idée : acquérir collectivement des parcelles forestières afin de les préserver et expérimenter une autre manière de gérer la forêt.

Trois ans après sa création, le Groupement Forestier Citoyen (GFC) Forêt Douce rassemble une équipe active d’associés et de gérants et a réussi à acquérir ses premières parcelles forestières. Une aventure collective portée par des femmes et des hommes qui n'étaient pas forestiers au départ, mais qui apprennent, ensemble, à devenir acteurs de l'avenir forestier de leur territoire.

Parmi eux, Jean-Christophe (au milieu sur la photo) retrace avec enthousiasme l'histoire de ce collectif forestier, et son propre cheminement. Lui qui n'y connaissait « absolument rien » à la sylviculture il y a encore quelques années.

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Un coup de téléphone qui fait basculer l’engagement

Retraité du milieu bancaire, Jean-Christophe se définit avant tout comme un amoureux de la nature. Randonneur de longue date et bénévole dans le balisage des sentiers, il a toujours éprouvé un attachement particulier aux espaces boisés.

« On éprouve un plaisir immense à traverser toutes ces zones boisées qui sont autant de havres de paix que de fraîcheur l'été, en pleine canicule. » indique Jean-Christophe, « Et je me suis toujours dit qu’un jour je posséderais moi aussi un petit morceau de forêt ! »

C’est en 2023 qu’il sautera le pas, par un simple coup de téléphone. Alors qu’il « grenouille » sur internet pour comprendre les enjeux forestiers, il tombe sur un article au sujet d’un GFC qui s’est lancé sur son territoire. « Un Groupement Forestier Citoyen ? » Cela l’intrigue et après quelques clics pour trouver les coordonnées, il compose le numéro. C’est Thierry, l’un des cofondateurs du GFC de la Forêt Douce, qui répond à Jean-Christophe. Le courant passe tout de suite.

« On s’est vite aperçu qu’on avait les mêmes valeurs, les mêmes idées, les mêmes questionnements. On était alignés sur l’essentiel ! », raconte Jean-Christophe.

Jean-Christophe décide alors de devenir associé. D'abord en s’investissant financièrement, puis en proposant son aide là où le collectif en a besoin. Car, pour lui, c'est bien en donnant de son temps qu'un engagement prend tout son sens.

Le doigt dans l’engrenage

Lorsqu'il raconte son parcours au sein du GFC de la Forêt Douce, Jean-Christophe utilise souvent la même expression :

« J'ai mis le doigt dans l'engrenage. Quand je suis arrivé, je n'y connaissais absolument rien en forêt, à part pour les sentiers de randonnées. Mais j’ai réalisé que j’avais quelque chose de plus précieux : du temps à donner » nous raconte-t-il avec un sourire en coin.

Il commence par donner un coup de main sur quelques tâches administratives. Puis, c’est au tour des registres, de la comptabilité, de la communication, de la préparation des assemblées générales, des comptes-rendus de réunions : Jean-Christophe multiplie les casquettes au fil des besoins qui arrivent dans le groupement. Aujourd'hui, il participe même aux réflexions sylvicoles.

Pour gérer les tâches administratives, comptables ou techniques, le groupement peut s’appuyer sur plusieurs ressources, notamment sur l'accompagnement proposé par Forêts Partagées ou par le CNPF local. Des soutiens que Jean-Christophe évoque spontanément au cours de l'entretien.

« Le CNPF nous forme à mieux appréhender la gestion sylvicole et comprendre comment gérer nos forêts. » explique Jean-Christophe. « Et pour tout ce qui concerne la partie comptable et administrative, on s’appuie entièrement sur les outils créés par Forêts Partagées et son espace d’entraide. Un vrai gain de temps dans notre quotidien ! »

Cette montée en compétences raconte aussi quelque chose de plus large : la manière dont fonctionnent de nombreux groupements forestiers citoyens. Ici, personne n'arrive avec toutes les réponses. Les savoirs se construisent progressivement, au fil des formations, des rencontres et du travail collectif.

L'histoire du GFC Forêt Douce en est d'ailleurs une bonne illustration. Car avant d'apprendre à gérer la forêt, ses fondateurs ont d'abord cherché à la soustraire à des pratiques qu’ils ne partageaient pas.

Sauver d'abord, apprendre ensuite

Pour comprendre la naissance du GFC Forêt Douce, il faut revenir au contexte local. Le Sud-Charente est marqué par un fort morcellement de la propriété forestière. Au fil des années, les opérations de « remembrement » forestier ont favorisé le développement de coupes rases suivies de plantations résineuses à grande échelle.

« La volonté initiale des fondateurs de ce groupement était simple », explique Jean-Christophe « ils voulaient sauvegarder les forêts du Sud-Charente, leurs paysages et leur biodiversité, en évitant l’enrésinement systématique. »

L’acquisition collective des parcelles s’est donc présentée comme une solution toute trouvée afin de soustraire ces forêts à cette dynamique pour les préserver. Depuis, les motivations des associés ont quelque peu évolué. La sauvegarde reste au cœur du projet, mais les associés s'intéressent désormais à une question tout aussi importante : Comment gérer durablement les forêts acquises tout en participant au rétablissement des paysages sud-charentais ?

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Même sans bagage forestier, les associés et gérants étaient d’accord sur deux principes fondamentaux : préserver les feuillus et favoriser une certaine irrégularité. Le groupement s’est orienté naturellement vers la sylviculture mélangée à couvert continu (SMCC). Une approche qui cherche à maintenir, en permanence, un couvert forestier tout en favorisant la diversité des essences et des âges.

« On essaye d’aller de plus en plus loin sur la partie sylviculture au fur et à mesure de notre apprentissage. On a d’ailleurs récemment créé un groupe de travail pour réaliser un inventaire forestier et de biodiversité. »

La forêt grandit, les ambitions aussi

Aujourd'hui, le GFC Forêt Douce compte 33 associés. Un chiffre encore modeste, mais qui progresse régulièrement. Fin 2025, il franchit une étape importante avec l'acquisition de ses premières parcelles forestières. Le groupement possède désormais 11 hectares répartis entre les communes de Montboyer et de Brossac.

Certaines parcelles présentent déjà de belles futaies feuillues. D'autres nécessiteront davantage de réflexion, notamment des zones de châtaigniers dépérissants dans lesquelles l’équipe de gérance pourrait envisager de réaliser des éclaircies tout en procurant du bois de chauffage pour les associés intéressés.

Mais Jean-Christophe espère que cela ne s'arrêtera pas là. Il se plaît à imaginer un GFC de 100 hectares et 200 associés dans une dizaine d'années. Derrière ces chiffres annoncés à la volée, c'est surtout une question d'organisation qui le préoccupe. Jean-Christophe aimerait que le collectif se projette davantage dans l'avenir.

« Il faudra se structurer avec des pôles, des commissions, des personnes référentes », réfléchit-il à voix haute. « Cela me fait surtout penser que c’est notre vision commune à dix ans qu’il faut préciser. »

Une réflexion qui accompagne naturellement la croissance du projet. Pour Jean-Christophe, la réussite ne dépend pas seulement de l'argent collecté. Elle repose surtout sur l'engagement humain. Le GFC Forêt Douce recherche donc activement de nouvelles forces vives pour accompagner son développement.

« Investir en mettant des sous, bien sûr, mais idéalement des personnes qui souhaitent aussi s'investir personnellement. Parce que le temps est sans doute la ressource la plus précieuse pour faire vivre un projet comme celui-ci. »

Dans un territoire confronté aux effets du changement climatique, notamment par la multiplication des incendies forestiers, cette implication citoyenne se révèle plus précieuse que jamais. Pour l’assurer, le GFC Forêt Douce a fait un choix fort dès sa création : maintenir une part sociale à 100 euros, sans minimum de souscription. Une manière de rendre le projet accessible au plus grand nombre.

À la recherche de nouvelles énergies

Trois ans après ce coup de téléphone passé presque par curiosité, Jean-Christophe mesure déjà le chemin parcouru et les premières briques qui ont été posées. Lui qui rêvait simplement de posséder un petit bout de forêt participe aujourd'hui à une aventure collective qui dépasse largement sa propre histoire.

Car pour le GFC Forêt Douce, le défi est désormais de faire grandir cette dynamique. D'acquérir quelques hectares de forêt supplémentaires. Mais surtout de construire, dans la durée, une communauté de citoyens capables de prendre soin d’une partie des forêts du Sud-Charente et de transmettre des paysages vivants aux générations futures.

« Nous lançons un véritable appel aux bonnes volontés ! », déclare Jean-Christophe. « Que vous habitiez dans le Sud-Charente ou plus loin, peu importe. Tout le monde est le bienvenu. »

Que vous soyez propriétaire forestier, naturaliste, communicant, gestionnaire de projet ou simplement amoureux des forêts, chacun peut trouver sa place dans cette initiative citoyenne.

Si l’histoire de ces citoyennes et citoyens vous donne envie de rejoindre le mouvement ou simplement d'en savoir plus, vous pouvez contacter le GFC Forêt Douce à l'adresse gfcfd@orange.fr ou par téléphone au 06.72.93.46.42 (Vincent) ou au 06.68.29.69.90 (Camille).

Et c'est peut-être là la plus belle réussite de Forêt Douce : montrer que la forêt n'est pas seulement l'affaire de spécialistes, mais aussi celle de citoyens ordinaires qui décident, ensemble, de prendre soin d'un territoire.